À Dieppe, le chauffage électrique est classé deux fois plus mal que le gaz

En bref
À Dieppe, 12,0 % des logements chauffés à l'électricité sont classés F ou G, contre 5,3 % pour ceux au gaz naturel. Cette inversion s'explique moins par l'énergie elle-même que par le parc qu'elle équipe : des logements anciens convertis aux convecteurs sans isolation.
Une inversion par rapport à la tendance nationale
Depuis la révision du mode de calcul, le coefficient appliqué à l'électricité a été abaissé, ce qui a mécaniquement amélioré l'étiquette de nombreux logements chauffés ainsi.
À Dieppe, l'effet ne se voit pas. Sur les 13 472 diagnostics réalisés dans la commune, les 4 439 logements chauffés à l'électricité affichent 12,0 % de passoires, contre 5,3 % pour les 7 425 chauffés au gaz naturel.
L'écart est de plus du double, sur un échantillon qui ne laisse pas de place au hasard.
Ce que l'électricité désigne réellement ici
L'explication n'est pas dans l'énergie mais dans le bâti qu'elle occupe.
À Dieppe, l'électricité équipe deux populations très différentes : d'un côté des logements récents correctement isolés, de l'autre, et surtout, des logements anciens convertis aux convecteurs au fil des décennies, souvent parce que c'était la solution la moins coûteuse à installer, sans travaux de réseau.
La seconde population domine largement. C'est elle que mesure le chiffre de 12,0 %, et elle cumule deux handicaps : une enveloppe non traitée et un mode de chauffage dont le rendement ne compense rien.
Le gaz protège sans faire briller
Le gaz naturel présente le profil inverse : peu de passoires, mais quasiment aucune bonne étiquette.
Les 7 425 logements dieppois au gaz affichent 5,3 % de passoires et seulement 0,4 % de classes A ou B, avec 41,6 % concentrés en classe D.
Autrement dit, le gaz place le parc dans un ventre mou : à l'abri du seuil F, mais sans perspective de haut de tableau. À l'échelle de la ville, cela se traduit par 1,7 % de classes A ou B seulement, l'un des plafonds les plus bas que nous ayons mesurés.
Le réseau de chaleur, un cas extrême
Un segment pousse cette logique à son terme. Les 1 404 logements dieppois raccordés au réseau de chauffage urbain affichent 0,5 % de passoires, le meilleur résultat de la ville, mais 74,9 % d'entre eux sont classés D.
Trois logements sur quatre dans la même case. Et seulement 1,9 % atteignent les classes A ou B.
Le réseau protège donc efficacement du bas de l'échelle sans jamais permettre d'accéder au haut. Pour un vendeur, c'est une garantie de ne pas être une passoire, pas un argument de performance. Le contenu carbone des réseaux évolue et se vérifie auprès du gestionnaire.
Le fioul, résiduel mais spectaculaire
Il reste 121 logements chauffés au fioul domestique à Dieppe. Ils affichent 59,5 % de passoires et 30,6 % de classes E.
Neuf sur dix se situent donc en E, F ou G. Le segment est devenu marginal, moins de 1 % du parc, mais il concentre une part très disproportionnée des mauvaises étiquettes de la ville. Pour un propriétaire concerné, la conversion reste le levier le plus rentable disponible.
Les maisons, presque trois fois plus exposées
La répartition par type de bien recoupe celle des énergies. Les 2 238 maisons diagnostiquées à Dieppe affichent 14,8 % de passoires, contre 5,8 % pour les 10 743 appartements et 13,2 % pour les 491 immeubles entiers.
Ce sont aussi les maisons qui concentrent le chauffage électrique individuel de reconversion. Les deux facteurs se recoupent largement : dans ce parc, une maison au tout-électrique non isolée est le profil type de la passoire thermique dieppoise.
Les murs, condition de tout changement
Remplacer les convecteurs sans traiter l'enveloppe donne des résultats limités. Les 6 435 logements dieppois aux murs insuffisants, soit 48 % du parc, affichent 15,4 % de passoires et 0,3 % de classes A ou B.
Les 1 810 aux murs très bien isolés tombent à 0,1 %. Un écart de un à cent cinquante-quatre.
Sur le bâti dieppois, exposé aux vents de mer et souvent bâti en brique ou en silex, l'ordre des travaux compte : isoler d'abord permet de dimensionner ensuite un chauffage plus petit, donc moins cher à l'usage. Un audit énergétique sert précisément à établir cette séquence.
Ce que nous conseillons avant de vendre
Si votre logement est au tout-électrique, ne comptez pas sur la réforme du calcul pour vous sauver : à Dieppe, ce segment est le plus exposé du parc.
Établissez l'année de construction, qui commande le constat plomb pour les biens antérieurs à 1949, nombreux dans le Pollet et les faubourgs, et le repérage amiante pour ceux d'avant juillet 1997.
Le reste suit le dossier de vente, avec l'état des risques à vérifier par adresse : la submersion marine, le recul du trait de côte et les marnières concernent des secteurs précis de la commune. Comprendre la construction des classes aide à situer votre bien avant de fixer un prix.
Questions fréquentes
L'électricité n'est-elle pas avantagée par le nouveau DPE ?
Le coefficient appliqué à l'électricité a bien été abaissé, mais à Dieppe elle équipe surtout des logements anciens convertis aux convecteurs sans isolation. Résultat : 12,0 % de passoires contre 5,3 % au gaz naturel.
Le gaz est-il un meilleur choix à Dieppe ?
Il protège mieux du seuil de la passoire, à 5,3 %, mais il ne produit presque aucune bonne étiquette : 0,4 % de classes A ou B, et 41,6 % des logements concentrés en classe D.
Que vaut un raccordement au réseau de chaleur ?
C'est une garantie de ne pas être une passoire (0,5 % seulement) mais pas un argument de performance : 74,9 % des logements raccordés sont classés D et 1,9 % seulement atteignent les classes A ou B.
Faut-il changer le chauffage ou isoler en premier ?
Isoler d'abord, dans la plupart des cas. Les logements dieppois aux murs insuffisants affichent 15,4 % de passoires contre 0,1 % pour ceux très bien isolés, et une enveloppe traitée permet de dimensionner un chauffage plus petit ensuite.
Sources officielles
- Service-Public.fr : Diagnostic de performance énergétique (DPE) · Obligations, validité et contenu du DPE.
- ADEME : Observatoire des DPE et audits · Statistiques publiques des DPE réalisés en France.
- Géorisques (ministère de la Transition écologique) · État des risques par adresse (inondation, argiles, termites, radon).
- Annuaire officiel des diagnostiqueurs certifiés · Vérifier la certification d'un diagnostiqueur.